Dans l’impasse

Et maintenant, l’Iran. C’est le dernier théâtre en date d’une longue série de conflits sur lesquels les États-Unis dispersent actuellement leurs forces: sur le plan militaire au Moyen-Orient et au Venezuela, sur le plan commercial face au reste du monde, et sur le plan institutionnel face à l’ordre mondial libéral. Enfin, les États-Unis se battent contre eux-mêmes – contre leur propre Constitution et contre leurs capacités financières, comme en témoigne l’énorme déficit budgétaire, qui représente 7,5% du revenu national. Celui qui disperse ainsi ses forces finira tôt ou tard par atteindre ses limites.

La hausse des prix et le ralentissement de la croissance constituent rarement un terrain propice pour les marchés financiers.

La situation dans le détroit d’Ormuz en est une preuve criante. Ce détroit resserré, par lequel transite habituellement environ un cinquième du pétrole mondial, est pratiquement bloqué au trafic de pétroliers depuis le début de la guerre. Et ce, non pas parce que l’Iran serait supérieur aux États-Unis et à Israël, mais parce qu’il est capable, avec des moyens relativement modestes, de causer des dégâts considérables, ce à quoi Washington n’était apparemment pas suffisamment préparé. Aucune issue rapide qui pourrait être considérée comme un succès stratégique ne se profile. Les États-Unis se sont mis dans une impasse.

Les répercussions s’étendent bien au-delà du Proche-Orient. Sur le plan géopolitique, la Chine et peut-être aussi la Russie devraient sortir renforcées, tandis que la confiance dans le leadership américain continue de s’effriter. Sur le plan économique, le prix du pétrole a déjà considérablement augmenté en raison du blocage des voies de transport, ce qui devrait à nouveau accentuer la pression inflationniste.

On ignore combien de temps ce conflit va durer. Il serait toutefois hasardeux de supposer que la croissance économique mondiale n’en sera pas affectée. La légère amélioration du climat économique observée en début d’année dans de nombreux pays industrialisés risque donc déjà de s’estomper. Pour l’économie américaine, cela survient à un moment on ne peut plus inopportun. Au quatrième trimestre 2025, la croissance avait déjà nettement ralenti et le marché du travail était confronté à une baisse de l’emploi pour la première fois depuis des années – une tendance qui, depuis la Seconde Guerre mondiale, a toujours précédé une récession.

Les marchés financiers sont donc eux aussi sous pression. Des perspectives d’inflation plus élevée, associées à des perspectives de croissance plus faible, ne constituent pas un contexte favorable pour les marchés des actions, dont les évaluations se situent déjà à un niveau élevé. Il convient également de noter que, ces derniers temps, ce ne sont pas seulement les taux d’intérêt nominaux des emprunts d’État américains qui ont augmenté, mais aussi les taux d’intérêt réels. Quand les perspectives de croissance s’assombrissent, on devrait en fait s’attendre à l’inverse, c’est-à-dire à une baisse des taux d’intérêt réels, car la demande en capitaux diminue. Cela pourrait être un premier signe avant-coureur indiquant que la confiance dans la politique financière américaine s’étiole peu à peu.

Notre attitude prudente à l’égard des placements américains se trouve une fois de plus confirmée par ces évolutions. Grâce à notre engagement réduit sur le marché américain, nous restons bien positionnés. Nous conservons notre part d’or élevée car, au fil de l’histoire, le métal précieux a fait ses preuves en période d’instabilité géopolitique et de hausse de l’inflation, et devrait cette fois encore profiter de l’incertitude croissante. Dans le même temps, nous réduisons notre engagement dans les obligations des pays émergents à son niveau stratégique à long terme, car l’expérience montre que ces titres ont du mal à s’imposer dans un contexte d’inflation croissante et de ralentissement de la croissance.

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