Félicitations pour votre propre label de musique ! Le fonder, était-ce une libération?
Je ne voulais plus dépendre des autres, et en même temps, je voulais rendre quelque chose à la jeune génération et aux autres créatifs et créatives.
La chanteuse parle d’indépendance, de la pop star parfaite et de chagrin d’amour : neuvième volet de la série d’interviews consacrée aux modèles qui font avancer l’égalité.

Je ne voulais plus dépendre des autres, et en même temps, je voulais rendre quelque chose à la jeune génération et aux autres créatifs et créatives.
Avec mon premier album est venu le succès en Suisse et en France, et j’en voulais plus. Je suis donc partie à Los Angeles, je me suis concentrée sur les mauvaises choses et ma musique a perdu son ADN.
L’industrie voulait faire de moi la pop star mainstream parfaite : je devais changer de nom, de style et de façon de chanter. À un moment donné, je m’étais éloignée de moi-même. J’ai cherché le bon label pendant deux ans. Je n’arrivais pas à dormir, j’étais anxieuse, déprimée. Écrire de la musique est devenu ma thérapie. À 20 ans, j’essayais d’être irréprochable. Aujourd’hui, je suis simplement Danitsa. C’est précisément là que réside ma liberté.
Je ne veux pas vraiment me voir comme une «femme dans l’industrie musicale». Avant, il m’arrivait d’être la seule artiste femme d’un festival. Aujourd’hui, de plus en plus de femmes travaillent sur scène et en coulisses. Récemment, j’ai joué dans un open air avec des ingénieures du son. Nous avons élevé la voix et réclamé ce qui nous revient. Aujourd’hui, les choses bougent.
Je ne savais pas que l’amour pouvait faire aussi mal. J’ai pleuré pendant trois ans après la rupture. En même temps, de magnifiques chansons en sont nées. J’ai compris que, pendant bien trop longtemps, je ne m’étais pas donné la priorité. Le chagrin d’amour m’a montré que j’étais malgré tout entourée d’amour : celui de ma famille, de mes ami·e·s et de la musique, mon plus grand amour. Pas à pas, je me suis retrouvée, et j’ai découvert une nouvelle version de moi-même, en tant que chanteuse et en tant que femme.
Je crois, oui. La première fois que j’ai chanté «Miss Yo», la chanson sur mon ex, en live, le public était tellement ému. Je me suis dit : merci, j’ai été si mal pendant si longtemps ! Le plus beau cadeau, c’était de toucher les autres, mais aussi de me voir enfin guérie.
Photos: Julia Ishac; Textes: annabelle