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Créé le 08.04.2019

Être un peu «nomade numérique», même au quotidien

Pour la plupart des employés, la vie des nomades numériques est aux antipodes de leur propre réalité professionnelle. Lorenz Ramseyer, expert en travail indépendant du lieu, explique pourquoi à l’avenir, nous serons tous concernés par cette nouvelle forme de travail.

Pourtant, le travail indépendant du lieu est plutôt un phénomène marginal dans le monde du travail suisse. Cette impression serait-elle trompeuse?

Lorenz Ramseyer: Oui. Cela concerne plus de gens qu’on le croit. Plus de la moitié des employés et employées suisses sont des «knowledge workers». Ils ne sont pas liés à un environnement de travail spécifique et auraient la possibilité de travailler indépendamment du lieu. Un tiers d’entre eux le font déjà occasionnellement. Le nomadisme numérique n’est donc pas limité aux indépendants travaillant à l’étranger. Il peut aussi être intégré dans le quotidien des employés permanents: de manière ponctuelle et en Suisse.

Pourquoi une entreprise devrait-elle investir dans le travail indépendant du lieu?

Se préparer à un nouveau monde du travail. À l’avenir, le travail se fera beaucoup plus indépendamment du lieu. Les cadres et les employés communiqueront différemment, utiliseront de nouveaux canaux et de nouvelles formes de collaboration. Il faut s’y entraîner.

Est-ce avant tout une «obligation»? Ou une utilité concrète se dessine-t-elle déjà aujourd’hui?

Cela en vaut la peine à bien des égards: aujourd’hui déjà, la jeune génération revendique une flexibilisation des modèles de travail existants. Une entreprise qui répond à cette exigence est attrayante et emploie des collaborateurs satisfaits et motivés. En outre, les entreprises en profitent aussi en termes de rentabilité. Ainsi, les visioconférences sont plus courtes et plus efficaces que les réunions traditionnelles, les frais de voyage s’en voient supprimés. Enfin, on peut mentionner les effets sur toute la société: il est plus aisé de concilier vie de famille et travail, même l’exode de population depuis des régions éloignées pourrait être freiné, car le travail et le lieu de domicile ne seraient plus si étroitement liés.

Pour les «knowledge workers» mentionnés, cela a l’air très prometteur, mais les métiers artisanaux traditionnels analogues en profiteront-ils également?

Oui. Là aussi, il existe des tâches administratives qui peuvent être effectuées dans le train, à l’extérieur ou dans un espace de travail partagé.

Y a-t-il aussi des perdants?

Certaines craintes sont justifiées: nous devrons dorénavant postuler à des emplois sur un marché du travail global. Le cercle des candidats ne sera plus composé des personnes habitant dans le périmètre d’un poste de travail, mais de toutes celles qui correspondent au profil de poste exigé. Celles et ceux qui ne connaîtront pas les outils permettant de participer à ce marché de l’emploi numérique seront fortement désavantagés. Le «digital gap» augmente.

La numérisation ne vient pas frapper poliment à la porte.
Lorenz Ramseyer, expert en travail indépendant du lieu

Sommes-nous bien préparés à cette mutation en Suisse?

À mon goût, nous sommes encore un peu trop lents. Il y a des exemples de pays peu différents de la Suisse, mais toutefois nettement plus avancés: notamment la Finlande, la Suède ou les Pays-Bas, où il vient d’être inscrit dans la loi que chaque employé ayant un taux d’occupation de 100% a droit à un jour de télétravail. Je regrette l’absence de telles avancées en Suisse.

Pourquoi la Suisse a-t-elle du retard?

D’une part, très certainement, car nous vivons dans une culture de la présence très marquée: si on est présent, on travaille. Et si on est absent, on part du principe qu’on ne travaille pas. Mais d’autre part, probablement, car nous allons presque trop bien: la pression fait défaut. Néanmoins, une pression serait importante, car la transformation numérique du monde du travail n’est pas un processus qui frappe poliment à la porte et demande à entrer. Elle fait brusquement apparition, et nous met au pied du mur. Ici aussi, la politique doit jouer un rôle.

Où y a-t-il concrètement nécessité d’agir?

De nombreux nomades numériques sont des indépendants, et donc peu protégés sur le plan du droit du travail. Ils doivent s’occuper eux-mêmes de leur prévention et de leurs assurances. Nous sommes par conséquent en discussion avec les syndicats et les associations professionnelles afin d’aborder précisément ce type de questions. Les impôts sont également un sujet à traiter: en principe, les personnes sont soumises à l’impôt dans le pays dans lequel elles travaillent. Mais il existe des zones floues: par exemple, si quelqu’un déclare son départ de Suisse et entre dans un pays avec un visa de touriste pour y travailler sur des projets numériques. À mon avis, les autorités fiscales sont encore un peu dépassées par ces formes de travail virtuel.

Les formes de travail indépendantes du lieu soulèvent des questions éthiques. L’injustice du monde ne risque-t-elle pas d’être exploitée (salaires élevés en Suisse, faibles coûts de la vie à l’étranger)?

Profiter de ce déséquilibre, ce qu’on appelle le «géoarbitrage», peut certainement constituer une nouvelle forme de colonialisme. Les grandes entreprises en tirent profit en licenciant des employés et en embauchant ailleurs des travailleurs indépendants afin d’économiser des coûts. Cependant, selon mon expérience, le nomadisme numérique individuel est plutôt une forme d’aide au développement. De nombreux nomades numériques travaillent dans des projets humanitaires ou collaborent avec des employés sur place et leur permettent ainsi l’accès à un marché international.

Les nomades numériques sont-ils donc des idéalistes?

Le nomadisme numérique représente vraisemblablement bien plus qu’un simple modèle de travail, c’est un style de vie en lui-même. L’objectif n’est pas de devenir millionnaire au sens habituel du terme, mais, comme je le qualifie, «millionnaire de son temps». Avoir du temps pour les voyages, la famille et les amis revêt une importance particulière pour de nombreux nomades numériques.

Et encore un conseil pratique: quels sont les outils particulièrement utiles pour les nomades numériques?

Pour les tâches créatives, j’apprécie particulièrement SimpleMind. Il s’agit d’une application pour téléphone mobile qui permet de créer des mind maps et des notes en toute simplicité, par exemple, pendant qu’on écoute un podcast. Pour réaliser des visioconférences, je recommande appear.in. Cela me dérange que, pendant les visioconférences, une personne apparaisse généralement en gros plan sur l’écran tandis que toutes les autres sont rassemblées dans une salle de réunion. Avec appear.in, ce n’est pas le cas: jusqu’à quatre participants peuvent tenir une conférence d’égal à égal sans téléchargement ni mots de passe, directement dans le navigateur Web. Pour la plupart de mes projets, j’ai recours à Trello comme outil d’organisation. Des post-it virtuels permettent de créer des tâches, de fixer des échéances et de les attribuer à différents membres de l’équipe.

Bon à savoir: voici les nomades numériques

Les nomades numériques sont des employés, des indépendants ou des entrepreneurs qui travaillent principalement avec des technologies numériques. L’ordinateur portable, le smartphone et différentes applications en ligne constituent leurs principaux outils de travail. À part l’électricité et une connexion Internet sans fil, ils n’ont généralement pas besoin d’infrastructure. C’est pourquoi les nomades numériques peuvent travailler partout et mènent souvent une vie indépendante du lieu, ou ont plusieurs lieux de domicile et de travail. 

À propos de Lorenz Ramseyer

Lorenz Ramseyser

Depuis 2006, Lorenz Ramseyer étudie de manière approfondie le nomadisme numérique. Il est président de l’association Digitale Nomaden Schweiz (Nomades numériques Suisse) et propose des offres de conseil et de coaching pour le travail indépendant du lieu. Initialement, il a suivi une formation d’enseignant. Suite à une formation continue de responsable de projet informatique, il travaille depuis de nombreuses années en tant que consultant informatique. Il est employé à 40% en tant que formateur en entreprise au Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation.

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